POEME
CRI
Encore
une Nuit sombre à mourir doucement
Dans la neige fondue de mes rêves d'enfance...
Je voudrais tant ne pas me réveiller. Je mens
Au sommeil comme si je perdais la mouvance
De
ces années brisées... Encore une Nuit d'ombre.
Il faisait froid et peur dans ce grenier désert
Où je me réfugie pourtant sous les décombres
De mon âge perdu... J'ai comme ça des airs
De
silences, des Mots qui s'échappent des lèvres
Quand hurlent les brouillards... Je me souviens des filles
Qui se moquaient de moi quand j'étais en guenilles,
Pour
laver à la pompe un pyjama de fièvres
Qu'avait mouillé l'angoisse... et je n'oublie ces cons,
Derrière les rideaux, du haut d'un vieux balcon,
*****
Qui me forçaient à me plier... J'avais six ans,
J'avais quinze ans. C'est l'âge où l'on voudrait mourir
Quand on est mal... Et le sucre mordait mon sang,
Et je mordais les mots pour les faire fleurir
Sur
des pages de pluie que déchirait Rimbaud
Encore une nuit noire à m'ébrécher le coeur,
Mon encre coagule en traversant la peau
De mon poème-cri... Je n'ai d'autre rancoeur
Que
celle du silence... Je cours après le temps
Que je n'attrape plus. Les branchesd de l'enfance
Ne repoussent jamais, cassées dessous l'offense.
Encor
une Nuit longue où l'écriture bat
Les cartes de la Vie. Il y a si longtemps
Que Rimbaud m'accompagne où Verlaine n'est pas,
Et
où je ne suis plus...
Paris
le 28 juillet 2001
|
Fatigue...
(in "Ricochets de l'âme")
On
a dilapidé mes songes
On a violé mes pudeurs,
On a brisé sous les oronges
De mon passé tellement d'heures...
Dans
ses ensevelissements
Le temps paraît comme une erreur
Tant je le perds, tant il me ment
En lacérant du Mal ses Fleurs
Les
fumées bleues de ma mémoire
Hantent les silences des vers
Mutilés sur quelque grimoire
Par des ricanements pervers.
Ce
soir, sur ma paupière gauche
Se rouvre encor la cicatrice
Comme une fleur dans son ébauche
De sang séché. Et la voix crisse
Dans
ce poème qui délie
Les poignets trop bleus de l'enfance ;
Ce soir mes souvenirs déplient
Les torchons brulés de l'offence.
On
a fait courir des serpents
Dedans mes veines ensucrées.
Ce soir j'ai peur et je me pends
A la corde des mots ancrés
Dans
l'océan de ma fatigue.
|
AIRVAULT,
TE SOUVIENS-TU
Airvault,
te souviens-tu ? J'allais je ne sais où...
Je marchais comme on rêve et je laissais mes pas
Me porter vers la mer... Mais je ne savais pas
L'amertume du temps, je n'avais pas un sou.
Dans
les poches crevées de l'amour, mes Voyelles
Etaient noires. Le vent griffait mes mots d'enfance.
Les ongles de la pluie sous la peau des défenses
D'un gamin de douze ans qui déchirait le ciel
De
ses mains nues... Airvault, te souviens-tu ces soirs
Où je courais dans les guenilles de l'hiver,
Accroché à la mort pour écrire des vers.
J'avais la corde au pied et je n'avais d'espoir
Qu'elle
morde mon cou. J'avais pour compagnon
De lecture Rimbaud, Verlaine et Baudelaire.
Je voulais devenir poète, le quignon
D'anarchie sous la dent, condamné aux galères
De
l'enfance... La ville était indifférente
Au fouet du matin. Airvault, te souviens-tu ?
Tu te fermais les yeux quand les miens dans la pente
Saignaient des larmes comme on voit sur le statues
Couler
des pleurs de sable à l'endroit où la pierre
Semble bleuir un peu... J'avais comme des fugues
Au coeur, et je gardais caché dans ma paupière
Ce verbe qu'aujourd'hui mes souvenirs conjuguent
A
temps noir du passé.
|
L'enfance
m'a meurtri
(à Lucie, d'Anne - Catherine Sabas
aprés la lecture de son merveilleux roman)
L'enfance
m'a meurtri. Je descends aux Enfers
Où j'ai peur des serpents, où s'allume le Noir
Dans ma tête brisée d'avance. J'ai souffert
A delà du silence, à cogner ma mémoire
Contre
les murs d'oubli qui ne s'écroulent pas.
Les blessures sont nues, à vif dessous ma peau ;
Mon coeur tuméfié ne bat plus. Il combat,
Humilié toujours. Je porte sur mon dos
Le
poids mort du passé, puis au dessus de l'oeil
Une agrafe jamais otée. La cicatrice est là
Comme un défi au temps. Les miroirs sont l'écueil,
Souvent, de mes regards, quand je me sens trop las
Sous
les copaux de la fureur... Privée d'amour,
L'enfance que je n'ai pas eue me poursuivra,
Et tous les cris du coeur, les bleus de l'âme, courent
Sur mon corps... Et pourquoi ce bout de sparadrap
Sous
l'entaille des mots qui saignent trop souvent ?
Mes démons reviennent hanter mes insomnies,
Dans le tiraillement des larmes d'un Enfant...
Peut-on être adulte quand on n'a pas fini
De
commencer à vivre ?
|
On se ronge
le cur à force d'écriture
On se ronge le
cur à force d'écriture
Comme si chaque mot pouvait être traduit
Dans la langue de l'âme. On a tant de ratures
Sur des feuillets d'un soir, chiffonnées sous des pluies
De regards
Chaque rime est une cicatrice
Sur le front de l'enfance. Et pourtant on écrit
Comme pour oublier le temps et ses caprices.
On écrit conne on meurt, on écrit comme on crie.
On se ronge le
cur à force de remords
On vide l'encrier du passé. On retrouve
L'espoir en écrivant, et tout ce qui nous mord,
C'est le manque d'amour
J'entends hurler des louves
Dans ma tête
souvent
, et se brise ma plume
Sous les brûlots du vent, je longe les rochers
De mes jeunes années, mon cur sur une enclume,
Entre les barbelés de l'enfance attachée
A la rampe du
temps
A force de poèmes
On voudrait oublier
Des vers rongent nos pages
Qu'on ne peut effacer même avec les je t'aime
Qui pansent la pensée d'où l'encre se propage.
Paris le 07 juillet 2001
|
Si tu savais,
mon âme
Si tu savais,
mon âme, où la griffure jongle
Entre mon coeur et toi, dessous les peupliers
Qui bordent ma mémoire, en laissant sous mes ongles
Limpalpable douleur... A force de plier,
Je me sens pris
par les vertiges de la mort,
Et dans la chair taillée de la nuit, la rafale
Du vent crible du ciel l'enfance qui me mord
Tellement dans mon dos je la sais qui dévale.
Si tu savais,
mon âme, une lune défunte
Eclaire dans ma tête un grenier délabré
Où j'ai dormi longtemps en regardant les plinthes
D'où sortaient des serpents dont les yeux empourprés
Paralysaient ma
Nuit... Le temps me réincarne
Dans ces moites pensées. Combien de fois les toits
Ont glissé sous mes pas derrière la lucarne...
Je n'ai jamais osé m'envoler sous les doigts
Qui m'attiraient
dehors quand je fermais les yefux
Sous le droguet du temps. Je laissais macérer
Dans mes brumes les maux et je me sentais vieux,
Dans l'ébréchure bleue de mes quinze ans, serré
A la gorge de
l'adolescence,
Premiers poèmes au coeur...
Créteil,
le 24 08 2002
|
QUAND
LA VOUIVRE DU SOIR...
Quand la vouivre du soir s'enroule à mes silences,
Je sens le poids des mots glisser jusqu'à mes doigts,
Depuis le nid du coeur... Et mes rêves balancent
Au gibet de la nuit dans la brume des bois
La
sciure du vent dans les copaux de l'âme
Recouvre ma raison. La lumière se brise
Sur la paroi du temps... Au loin j'entends des lames
Qui écorchent la mer au tranchant d'une brise...
Des
graffitis des pluies érodent mes falaises.
Le fouet noir des yeux claque sur mon enfance ;
Les chaussures blessées de Rimbaud, dans la glaise
Sont trop grandes pour moi, mais sous ses pas j'avance
La
gersure des mots, au sortir de ma bouche
Fait des trous sur la feuille. Un oiseau se rebiffe
En décharmant les airs... L'écriture se couche
Sur la pierre d'un livre, et j'ai comme une griffe
A
l'oeil, sous l'oeillet noir des larmes.
Paris,
le 15/11/2001
|
SENSIBLE
On a au bord du
coeur la morsure des songes,
Et se brisent les mots en heurtant les parois
De la vie à la mort. Chacun porte la croix
Brisée de son enfance, et les ouvenirs rongent
Le passé
dépassé... On a au fond des yeux
La misère du Monde. On a dans nos cartables
Les poèmes d'un soir, composés sur la table
D'un bar de solitude. Et l'on se sent si vieux
Que les rides
du ciel nous automnent le coeur
En attendant l'hiver... Sensible à force d'être,
Et les mots deviennent des Maux qui nous pénètrent,
Glaives de poésie pour mieux croier au bonheur.
On a dedans les
mains la blancheur du silence.
On est adulte mais on est toujours l'enfant
Que l'on n'a pas été... On court aprés le vent
Pour montrer qu'on est fort. Mais, au fond, on s'élance
Pour mieux tomber,
je crois... Et l'on est trop sensible.
Des larmes deviennent sanglots, creusent l'entaille
Dans la brèche du coeur... Et l'on dort dans la paille
De l'amour... Mais l'amour, naïvement, nous crible
De ses flèches
qu'on n'a jamais reçues...
Paris, le 05/11/2000
|
POURRAIS-JE REVIVRE
DEMAIN ?
Souvent j'ai pris le large en m'accrochant aux cordes
De la pluie qui pleurait... La nuit m'offrait ses hardes
De brumes. Je courais à travers les lézardes
Du vent. Et j'espérais que le silence borde
Mon ultime saison...
Je m'allongeais dans l'herbe
Et pensais au Dormeur de Rimbaud. J'écrivais
Des poèmes pour vivre ou survivre. Je fais
Ce soir le même rêve, et mon coeur est imberbe.
Je crois devenir
fou en saisissant ma plume
Dans la trousse du temps. J'ai froid, l'encre se brise
Sur les récifs de l'âme. Je sens en moi l'emprise
D'une écriture qui m'entraîne sous l'enclume
De l'irraison...
Pourrais-je revivre demain ?
Paris le 15/09/2001
|